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Lâché par Les Engagés, le ministre Clarinval refuse tout nouveau geste pour les aidants-proches

Le 26 février dernier, après 46 jours d’une mobilisation populaire sans précédent initiée notamment par notre association, la Chambre avait voté le gel des exclusions du chômage des aidants-proches empêchés de travailler à plein temps de par la lourdeur de leur rôle indispensable. C’était assorti d’une allocation plafonnée à 761 euros, soit bien moins que le seuil européen de pauvreté, et plus de 1.000 euros mensuels de moins pour un parent élevant seul un enfant gravement malade ou souffrant d’un handicap sévère.

Qui plus est, ce gel n’était acquis que pour 12 mois maximum, avec effet rétroactif au 1er janvier. Députés et ministres concernés avaient juré que ce laps de temps serait largement suffisant pour travailler de toute urgence à un vrai statut pour tous les aidants-proches. Et qu’il devrait inclure une allocation sociale pour ceux d’entre eux ne pouvant être pleinement disponibles pour le marché du travail.

À 3 mois du retour des 1res exclusions, où en est-on ? Nulle part.

La promesse est restée lettre morte. La députée Julie Taton (MR) a pourtant déposé à la mi-mars une proposition de loi créant d’urgence cette allocation sociale. Il a été cosigné par une dizaine d’élus de son groupe, dont son propre président de parti, Georges-Louis Bouchez. Mais ce texte est resté tout en dessous sous la pile, où il prend depuis lors la poussière. Il n’a même pas encore commencé à être examiné au sein de la Commission compétente (présidée par le MR Denis Ducarme), qui ne l’a clairement pas considéré comme urgent.

Cette triste réalité – et surtout ce retour d’une situation incroyablement stressante pour les aidants-proches concernés qui ont pourtant bien d’autres soucis à affronter dans leur vie de tous les jours – quatre députés se sont chargés de le rappeler à David Clarinval (MR), ce jeudi à la Chambre. Tous ont noté que ce retour de polémique survenait en plein milieu de la Semaine des Aidants-Proches, qui leur est expressément consacrée. Et ils l’ont imploré de faire un geste, au minimum en prolongeant le gel des exclusions au-delà des 12 mois prévus, le temps nécessaire à la création de cette fameuse allocation. Mais le libéral y a bruyamment refermé la porte. Non sans fracas, en ce compris au sein de sa propre majorité.

C’est le cas de sa coreligionnaire, Julie Taton, arguant que les bénéficiaires de cette mesure doivent représenter à tout casser un millier de personnes. Et l’implorant : « Peut-on faire quelque chose pour eux, s’il vous plaît ?… »

C’est aussi le cas d’Anne Pirson (Les Engagés), elle aussi membre d’un parti membre de la majorité fédérale. Elle lui a asséné un cinglant : « Le sort de ces aidants-proches est entre vos mains ! Vous pouvez décider de prolonger le gel ! Nous sommes un partenaire constructif et exigeant ! Dans l’attente d’une solution pérenne, il faut leur garantir la prolongation de la protection existante ! » Juste avant, elle lui avait aussi rappelé que « notre système de soins ne tiendrait pas sans les aidants-proches, ni budgétairement, ni humainement ». Et que « le temps presse : le 1er janvier risque d’être de nouveau le jour où tout bascule pour certains aidants-proches », ce qu’elle se refuse à envisager.

Des propos loin d’être fréquents et encore moins politiquement anodins, au sein d’une même majorité. Mais qui sont restés vains. Désespérément.

« La promesse est en train d’être reniée ! »

Avec son sens de la formule, François De Smedt (Défi) l’a résumé ainsi : « En février, vous aviez bricolé une solution d’urgence. Le gouvernement s’était engagé à dégager un statut durable avant l’expiration de cette solution transitoire. Vous leur aviez promis un statut durable et pérenne. Cette promesse est en train d’être reniée ! »

Sarah Schlitz (Ecolo) n’a pas non plus mâché ses mots : « Avec 760 euros par mois, que voulez-vous faire ? Vous aviez fait la grande promesse d’un statut. Le ministre de la Santé a avancé, il a proposé un plan d’actions. Mais il n’a proposé aucun revenu ni aucun droit ! »

Et le ministre Clarinval ? Dans sa réponse aux 4 députés, il a redit, comme il le fait depuis janvier, que « le chômage est une assurance financée par les cotisations des travailleurs, à condition d’être disponible pour le marché du travail et de rechercher activement un emploi. Il ne sera jamais une solution pour les aidants-proches. Leur situation appelle des réponses relevant très majoritairement des entités fédérées, et à la marge du fédéral ».

Le libéral a aussi assuré qu’un récent arrêt de la Cour constitutionnelle annulant une petite partie de sa réforme du chômage aurait pour effet de prolonger « de 3, 4 ou 6 mois la durée du maintien des allocations pour certains chômeurs », dont des aidants-proches pourront faire partie. Mais il a aussi assuré avoir « alerté en temps utiles » ses collègues des entités fédérées, dont il continue à estimer que c’est à eux à prendre les mesures pérennes nécessaires.

Cela lui a valu une virulente réplique de Sarah Schlitz : « Clarinval veut que ce soit Vandenbroucke qui paie. Et il renvoie aux entités fédérées, où ce sont exactement les mêmes partenaires qui siègent ! »

Julie Taton a tenté d’abonder dans le sens du ministre, rappelant qu’en Wallonie, « l’Aviq représente 7 milliards d’euros qui sont à la disposition d’Yves Coppieters, qui pourrait aussi faire sa part… », visiblement sans beaucoup convaincre dans les autres rangs. Elle a aussi… distribué une version papier de sa proposition de loi de la mi-mars, et l’a remise à David Clarinval et à Rob Beenders (Vooruit), ministre en charge notamment des personnes handicapées et de l’égalité des chances. Et leur a aussi asséné : « Quand va-t-on arrêter de se refiler la patate chaude ? ».

Et maintenant ? Tout cela pourrait-il encore évoluer avant l’échéance fatidique du 31 décembre ? Rien ne l’indique à ce stade. Mais notre association continuera à mettre une pression maximale pour inverser le pronostic, ainsi bien entendu que pour qu’un véritable statut rencontrant les besoins des 2 millions d’aidants-proches du pays soit enfin créé, ainsi que 126 députés de la Chambre et les ministres concernés en avaient fait publiquement le serment, le 26 février dernier…

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