
Triste spectacle à la Chambre sur le dos des aidants-proches
La Commission des Affaires sociales, de l’Emploi et des Pensions de la Chambre a longuement débattu des aidants-proches, ce mercredi 11 février. Mais le plus souvent en vain pour les principaux intéressés.
Exclusions du chômage
Pas besoin de vous le rappeler : notre ASBL en demande le gel de toute urgence au bénéfice de tous les aidants-proches qui aident une personne nécessitant des soins lourds ou continus, ou porteuse d’un handicap sévère. Et ce dans l’attente d’une solution pérenne à instaurer dans le cadre d’un véritable statut au bénéfice de tous.
Plusieurs textes étaient sur la table. Mais le seul capable de résoudre rapidement la situation et d’empêcher les exclusions du 1er mars – dans 18 petits jours ! – était une proposition de loi déposée la députée PS Sophie Thémont, soutenue par six autres collègues de son parti.
Inutile de ménager le suspense : après deux heures d’une cacophonie peu digne, le texte a été purement et simplement rejeté par la majorité MR – Les Engagés – N-VA – CD&V – Vooruit.
Principale motivation de Florence Reuter (MR) : « Vendredi dernier, le gouvernement s’est engagé à proposer une solution à court terme. Cela ira plus vite qu’une proposition de loi votée par le Parlement. Nous sommes favorables à une réponse urgente. L’exécutif y travaille, nous ne soutenons donc pas cette proposition de loi qui ne sera pas votée. »
Sa collègue Anne Pirson (Les Engagés) n’a pas dit autre chose : « Laissons le gouvernement y travailler. Ce sera une solution via un arrêté royal qui sera effective dans l’heure ! »
Reste que cette solution, annoncée jeudi dernier par le ministre de l’Emploi David Clarinval (MR) et confirmée le lendemain par le kern, tarde toujours à se faire connaître…
Congé pour les salariés
Deuxième volet des débats de ce mercredi : celui visant à moderniser le congé pour aidant-proche salarié, instauré en septembre 2020.
On connaît le problème : trop complexe, limitée à 3 mois, devant être prise par tranches mensuelles et trop faiblement compensée financièrement par l’Onem (933€ pour un temps plein), cette disposition n’a jamais fonctionné. Depuis 2020, seuls 1.235 salariés en ont bénéficié. Une paille, quand on sait que la Belgique compte 2 millions d’aidants-proches, tous statuts et âges confondus !
Le CD&V a proposé une série de modifications de la loi, qui ont été débattues ce mercredi. Elles constituent quelques avancées, mais restent largement insuffisantes à nos yeux par rapport au vécu et aux besoins réels des aidants-proches.
Ici encore, l’opposition a proposé une série d’améliorations du projet. Mais la majorité y est restée désespérément sourde.
Le député Robin Tonniau (PTB) et sa collègue Sarah Schlitz (Ecolo) ont ainsi déposé des amendements permettant de prendre ce congé par jours, relayant les arguments de notre ASBL.
Mais cela a été rejeté.
La palme de la contorsion revient en la matière à la députée Anne Pirson (Les Engagés) qui a expliqué : « À l’avenir, on devrait pouvoir étudier la possibilité d’une prise journalière de ce congé ».
Mais l’avenir n’est visiblement pas pour demain : la même députée a rejeté la proposition du PTB et d’Ecolo qui permettait de l’intégrer directement dans la loi soumise au vote ce mercredi.
Revoir le montant de l’allocation compensatoire de l’Onem aujourd’hui trop faible ? « On laisse le soin au Roi de fixer le montant de l’allocation de ce congé », a justifié la députée Nahima Lanjri (CD&V).
Faire sauter totalement le délai de 90 jours au bout desquels on perd le statut d’aidant-proche lorsque son proche-aidé entre en institution ? Et en faire de même pour la limitation à deux ans de ce statut dans le cas de pathologies lourdes et irréversibles ? Sarah Schlitz l’a également proposé. En vain. Même sort réservé à sa proposition d’en profiter pour protéger les aidants-proches apportant des soins lourds et continus, et en cours d’exclusion du chômage de ce fait.
Dans cette partie des discussions, le MR et Les Engagés se sont gardés de prendre réellement part au débat sur les différentes améliorations proposées.
Cette surdité de la majorité Arizona au vécu et aux besoins réels des aidants-proches ne laisse rien présager de bon quand il s’agira d’enfin commencer le travail sur un véritable statut bénéficiant à l’ensemble des aidants-proches.
On ne peut bien entendu pas demander à des députés d’être omniscients. Mais de là à refuser d’écouter les acteurs de terrain, ce n’est plus de l’ignorance : c’est faire passer ses certitudes et sa rigidité avant les besoins réels et concrets des citoyens que l’on dit par ailleurs défendre…





